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Abraham-Louis Ducros, Vue depuis le portique de la villa Mondragone à Frascati, vers 1780–1790, aquarelle

Vue depuis le portique de la villa Mondragone à Frascati

Abraham-Louis Ducros

Artiste
Abraham-Louis-Rodolphe Ducros (Moudon, 1748 – Lausanne, 1810)
Date
Vers 1780–1790
Technique
Aquarelle, lavis et plume sur carton
Dimensions
H. 55,5 × L. 79,5 cm

Un aquarelliste du Grand Tour

Artiste suisse formé dans la tradition du dessin topographique et du paysage d'observation, Ducros appartient à cette génération charnière qui fait passer l'aquarelle du statut d'outil préparatoire à celui d'œuvre autonome de grand format. Installé à Rome dès 1776, à l'âge de vingt-huit ans, il s'impose rapidement comme l'un des interprètes les plus brillants du paysage italien. Sa maîtrise technique, faite de superpositions de lavis, de rehauts opaques et d'une précision de plume affirmée, lui permet d'atteindre une ampleur et une intensité lumineuse rarement égalées dans ce médium à cette date.

Son destin est profondément lié à l'Italie et en particulier à Rome. Ses grandes vues romaines à l'aquarelle rencontrent un succès rapide auprès des commanditaires étrangers, notamment britanniques, dès la fin des années 1770, en particulier lors de ses premières collaborations avec le graveur Giovanni Volpato. Avec ce nouvel associé, il publie en 1780 ses célèbres Vues de Rome et de ses environs, suites de compositions contemporaines en très grand format qui assurent sa renommée et contribuent à fixer une iconographie moderne de la ville et de sa campagne.

La villa Mondragone et son portique

Située à Frascati, la villa Mondragone est l'un des sites emblématiques du Grand Tour. Construite sur des ruines antiques, ancienne résidence d'été du pape Grégoire XIII, dont le dragon héraldique est visible dans les arcades du portique représenté ici, elle passa dans la famille Borghèse au XVIIe siècle, qui y exposa une partie de ses antiques. Étudiée par les architectes Percier et Fontaine, fréquentée au XIXe siècle par George Sand, elle resta aux mains de cette illustre lignée jusqu'au début du XXe siècle.

Cette aquarelle synthétise les différentes strates historiques et esthétiques qui ont fait de la villa l'un des sites incontournables de Frascati : à l'architecture renaissante se mêlent des fragments antiques amoncelés au premier plan, probablement issus de fouilles locales, tandis que les figures qui animent la scène sont vêtues à la mode contemporaine du XVIIIe siècle. Le portique agit comme un véritable décor d'opéra ouvrant théâtralement la scène sur le paysage.

Rigueur architecturale et sens de l'atmosphère

L'œuvre témoigne d'une qualité d'exécution, d'une précision graphique et d'une monumentalité dignes des plus grands aquarellistes de la fin du XVIIIe siècle. L'artiste déploie un soin remarquable dans le rendu des détails architecturaux : percées visuelles vers les fabriques lointaines, rendu minutieux des caissons ornés des voûtes, attention portée aux figures qui animent la scène, jusqu'aux subtiles modulations atmosphériques qui bleutent les sculptures et adoucissent les lointains.

En 1790, Ducros prend à son service le jeune peintre Franz Keisermann (1756–1833). On connaît de ce dernier une aquarelle représentant le même sujet ; cette version, correspondant à un goût plus tardif, est enrichie de personnages supplémentaires et de colonnes intercalées entre les pilastres, sans correspondance avec l'architecture réelle, et ne présente pas la même finesse d'exécution. Elle semble vraisemblablement correspondre à une reprise destinée au marché1.

1 Laura Marcucci et Bruno Torresi, « Declino e rinascita di Villa Mondragone », Saggi in onore di Guglielmo de Angelis d'Ossat, Quaderni dell'Istituto di Storia dell'Architettura, Rome, 1987, pp. 471–490.

2 Pierre Chessex et al., A.L.R. Ducros (1748–1810) : paysages d'Italie à l'époque de Goethe, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Genève, Éditions du Tricorne, 1986.